Sécurité routière : l'entretien des routes s'avère plus payant que le « tout-radars »
Sécurité routière : l'entretien des routes s'avère plus payant que le « tout-radars »
Alors que le nombre de radars ne cesse de croître sur le territoire, une étude scientifique vient bousculer la politique de répression routière menée par les autorités. Menés conjointement par l'institut public Cerema et l'université Gustave-Eiffel, ces travaux révèlent que la modernisation et la maintenance des infrastructures routières seraient nettement plus performantes pour sauver des vies sur les routes départementales que l'installation de nouveaux dispositifs de contrôle de vitesse.
Un bilan de la mortalité qui stagne malgré la répression
Les données les plus récentes de la Sécurité routière pour l'année 2025 font état de 3 513 décès sur l'ensemble des routes françaises. Ce bilan marque une augmentation de 2,36 % par rapport à 2024 et une hausse de 3,38 % comparativement à 2023.
Cette tendance à la hausse, ou au mieux à la stagnation sur le long terme, interroge l'efficacité de la stratégie actuelle. Dès 2021, la Cour des comptes avait d'ailleurs signalé que l'impact de la multiplication des radars sur la baisse de la mortalité s'essoufflait massivement depuis 2013, ne justifiant plus pleinement les investissements consentis.
Les départementales au cœur du problème
Bien qu'elles ne représentent qu'un gros tiers (34 %) du réseau routier en France, les routes départementales à double sens concentrent à elles seules 59 % des accidents mortels. L'étude du Cerema démontre que l'infrastructure routière elle-même (chaussée dégradée, défaut de signalisation, manque de visibilité) est un facteur contributif dans près de 30 % des sinistres mortels.
L'analyse comparative des différents leviers de sécurité met en évidence des écarts d'efficacité majeurs :
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L'impact des radars : S'ils conservent un rôle dissuasif, leur efficacité s'est effondrée. Après avoir permis de réduire la mortalité de 10 à 20 % au début des années 2000, leur contribution actuelle au niveau national n'oscille plus qu'entre 1 et 2 % de baisse par an.
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L'impact des infrastructures : À l'inverse, l'injection de budgets dans la rénovation et la sécurisation des voies départementales permettrait de faire reculer la mortalité routière de 5 à 7 % par an.
Un appel à des stratégies locales et proactives
L'étude, soutenue par la Délégation à la sécurité routière et l'Assemblée des départements de France, préconise d'abandonner les mesures uniformes décidées au niveau national au profit de politiques locales ciblées. Selon les modélisations des chercheurs, la mise en place de stratégies "globales et proactives" (combinant analyse préventive des risques et aménagements adaptés aux spécificités topographiques et démographiques de chaque zone) pourrait faire chuter les accidents mortels jusqu'à 17 % dans les territoires ruraux.
Pourtant, le constat reste critique : à l'heure actuelle, seuls 24 % des conseils départementaux appliquent la stratégie la mieux adaptée à leur propre configuration territoriale, laissant entrevoir une importante marge de progression.
Dans ce contexte, les associations d'usagers de la route s'emparent de ces conclusions. La Ligue de défense des conducteurs a ainsi relancé une pétition nationale demandant le gel du déploiement des radars au profit d'un plan d'urgence pour l'état des routes, réunissant déjà près de 65 000 signatures.